L’angoisse de la dernière relecture

La dernière relecture avant l’impression d’un roman est un moment que j’anticipe avec un mélange de hâte et d’angoisse. Le premier parce que c’est un aboutissement : le livre est enfin terminé! Le second parce qu’une question me hante toujours à ce moment : et s’il n’était pas bon?

À la dernière relecture, il est trop tard pour tout changer! L’imprimeur attend les maquettes, et, comme auteur, on ne peut que changer quelques mots, peaufiner le tout une dernière fois avant de lâcher prise. À date, il ne m’est jamais arrivé de trouver le tout mauvais, mais, parfois, mon écriture a eut le temps d’évoluer depuis la rédaction originale, et certaines phrases me font grimacer. Maladroites, embourbées, des phrases que je n’écrirais plus de la même manière.

Un gros soupir et on laisse aller! Je ne crois pas atteindre la perfection dans la trentaine! Vole jusqu’aux tablettes petit livre! Tu es imparfait, mais je suis fière de toi quand même!

C’est le narrateur qui parle, qu’on se le dise.

Profitant d’une visite à la bibliothèque, j’ai pris quelques secondes pour feuilleter le livre Piquette le chat boiteux d’André Richard, mieux connu pour son personnage de Fanfan Dédé à la télévision. À ma grande surprise, le moindre paragraphe est chapeauté d’un nom de personnage, un peu comme un scénario de film ou de théâtre. La pratique n’est pas complètement surprenante dans un roman jeunesse, mais même les phrases du narrateur y sont annoncées comme telles.

CHAT BOITEUX: Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Donec molestie justo eu turpis accumsan adipiscing. Sed scelerisque ultrices massa, sed suscipit nunc blandit nec.

NARRATEUR: Suspendisse consequat blandit risus id fringilla. Duis nec metus purus, sit amet viverra eros. Praesent non purus nec elit feugiat tempor vel eu eros. Proin sit amet nisl massa, nec convallis mauris.

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J’adore quand le narrateur, de par sa personnalité, devient un personnage. Le meilleur exemple étant possiblement le fameux Lemony Snicket de la série des Orphelins Beaudelaires. Mais pourquoi transformer ses commentaires en dialogue? Par défaut, si aucun personnage ne parle, c’est qu’il s’agit du narrateur, non?