Archives mensuelles : juin 2013

Une révolution : Amazon organise et légitime la fanafiction

Tout d’abord, une petite définition :

Fanafiction : Fiction écrite par un fanatique d’une série télévisée, d’un film ou d’un livre donné, qui en reprend les personnages et l’univers, de façon à créer sa propre histoire. (granddictionnaire.com)

La fanafiction existe depuis belle lurette. Elle pousse habituellement sur les sites d’adeptes de séries télé ou romanesques, bien souvent dans les forums de discussions. Même le fameux « Fifty shades of grey » aurait été, à l’origine, une fanafiction de Twilight qui fut transformé en livre original à des fins de publications. Que les auteurs soient pour ou contre cette appropriation de leur œuvre par les lecteurs, ils n’empêcheront jamais ce style littéraire d’exister, ou du moins, pas sans passer pour des « gros pas fins » ou sans s’armer d’avocats.

Jusqu’ici, la fanafiction a toujours été en marge de l’industrie : les fanatiques n’écrivent que pour le plaisir et ni eux, ni l’auteur original ne bénéficient concrètement de ces oeuvres périphériques.  Amazon a lancé, la semaine dernière, une nouvelle application qui pourrait bien changer tout ça! L’article « Amazon Launches Kindle Worlds Store, Its Self Service Platform For Fan Fiction Authors » de readwrite en parle, mais en voici les grandes lignes pour les paresseux ou ceux qui ne lisent pas l’anglais :

quelques uns des mondes de Kindle World

Amazon s’est entendu avec quelques créateurs pour qu’ils ouvrent leurs œuvres au public. Les fans peuvent sélectionner un des mondes de ces créateurs, et écrire une fanafiction qui respecte les règles établies par l’auteur. Amazon vérifie la conformité de l’œuvre soumise, puis l’offre au public pour un prix modique. Pour chaque personne qui achète ensuite la fanafiction, Amazon, le fan, ET l’auteur, reçoivent chacun une part du gâteau! (l’éditeur originel aussi peut-être, ça doit dépendre des contrats)

Les réactions dans le milieu seront possiblement mitigées. Certains créateurs aiment garder le contrôle de leur création et feraient de l’urticaire juste à penser que des amateurs pourraient s’approprier leurs personnages. En même temps, la beauté de Kindle World est justement que l’accord de l’auteur doit avoir été donné au préalable.

Personnellement? J’embarquerais à pieds joints! Je me considère comme une bâtisseuse de monde avant tout! J’adore créer des univers, et rien ne me ferait plus plaisir que de voir des histoires surgir à gauche et à droite de manière spontannée. En fait, quand j’ai créé mon encyclopédie pour Boomerang, je rêvais de le rendre « open source », comme certains logiciels informatiques. Je rêvais de pouvoir dire à l’univers en entier de s’approprier ce monde que je créais, à condition d’y créditer mon livre (et mon nom) quelque part. Je pensais alors que l’idée était trop en avance pour l’industrie… peut-être pas tant que ça finalement!!!

Plaisirs et risques du format journal intime

Illustration de Machovka sur openclipart.orgUne des nouvelles formes avec lesquelles j’ai expérimenté lors de la rédaction du cinquième Victor est le journal intime. C’était la première fois que j’écrivais au « je », si on exclut mon propre journal d’ado tourmentée tenu durant mon secondaire deux. J’ai adoré… mais suis tombée dans le piège aussi.

Le plaisir :

Je n’ai jamais été aussi en symbiose avec un personnage. Sa voix parlait directement dans ma tête, je vivais ses émotions, J’ÉTAIS mon personnage. Ça doit être un peu la sensation des acteurs habités par leur rôle : se sortir de soi l’instant d’une scène. Très intense. Je réécrirai certainement au « je » une autre fois.

 

La difficulté :

Comme le journal est non seulement une forme écrite par le personnage, mais écrite au passé (contrairement à un roman écrit à la première personne, mais au temps présent), j’ai trouvé plus difficile de faire naître un suspense, ou encore de surprendre le lecteur. Comme si la forme demandait que la première ligne d’une entrée indique aussitôt l’état d’esprit du rédacteur du journal. On sait tout de suite si le « outcome » des événements racontés sera positif ou négatif et, à moins de coup de théâtre, on sait également qu’il n’est pas mort. Comme j’ai déjà expliqué dans un autre billet, l’absence de possibilité de mort nuit grandement au suspense.

 

Le piège :

J’ai eu tant de plaisir avec mon personnage-narrateur, que j’en ai oublié tous les autres. Le verdict du premier lecteur a été rude (mais juste) : personnages secondaires unidimensionnels. Je suis habituée à sauter d’un point de vue à l’autre et d’ainsi donner vie à tout le monde en dévoilant leurs pensées et leurs manières de voir le monde, mais en restant collé à l’esprit de l’un d’eux, j’ai négligé la personnalité des autres. Même en corrigeant le tout, j’ai trouvé difficile de leur donner de la profondeur tout en gardant le filtre du point de vue du narrateur. Par exemple, si le narrateur détestait un personnage, les phrases qui me venaient en tête sur son compte étaient toutes négatives, sans exceptions. Difficile ensuite de lui donner un peu de ton de gris. Espérons que j’ai tout de même réussi à corriger le tir… la direction littéraire nous le dira!

Une pause créative bien efficace

illustration de laobc prise sur Openclipart.orgIl y a trois mois, j’ai pris la décision de ne pas commencer le deuxième cycle de Victor Cordi, citant entre autres un besoin de faire une pause après quatre livres d’une même aventure écrits en 18 mois. https://romanjeunesse.com/2013/03/17/un-changement-de-rythme-dans-victor/ J’ai donc plutôt écrit un recueil de contes d’Exégor, parsemmé d’informations quasi encyclopédiques sur le monde découvert par Victor. Dans les histoires, j’ai exploré différents personnages, et surtout différents styles allant du journal à la fable en rimes.

À travers tout ça, j’ai nourri mon imaginaire de divers livres jeunesse, de livres d’art et magazines de bandes dessinées. J’avais soif de nouveaux mondes, d’idées nouvelles et d’imaginaire.

Résultat?

Depuis deux mois, je bouillonne d’idées! Je sais désormais quel sera le contenu général des quatre livres du prochain cycle, avec une vision précise de la première et dernière scène qu’on y trouvera. Encore mieux, je sais également quelle sera la trame de fond du troisième cycle, scène finale comprise!

Pas assez? J’ai aussi une nouvelle idée de série pour les 7-8 ans! Aucune idée de quand je serai capable de la mettre sur papier, mais qu’importe, j’adore avoir des idées qui macèrent dans un recoin de mon cerveau!

Bref, maintenant que mon tome hors série est complété, je me sens enfin prête à attaquer le cycle 2! Prête? Mieux en fait, j’ai hâte! Vivement septembre (enfin, presque, n’exagérons rien!)

Secrets de Victor #2 : Les noms!

Ici pour voir le secret #1 : Tout le monde tout nu!

Derrière certains des noms dans Victor se cachent de petites anecdotes d’écriture! En voici quelques-unes, en toute exclusivité!

Victor Cordi : Au tout début, mon héros s’appelait en fait Philippe Fontaine. Le nom sonnait bien à mon oreille… jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer que c’était, à une syllabe près, le nom d’un chanteur plutôt ringard de ma jeunesse! Le nom devait être resté tapis dans un recoin de mon cerveau, et s’être auto-régurgité lorsque j’ai cherché à nommer mon protagoniste principal. Tous ensemble : Cœur de lou-ou-oup!

Exégor : Choisir le nom du monde dans lequel évoluerai mon héros n’était pas chose facile. Aidée de mon amoureux et de son téléphone, nous avons cogités lors d’un long chemin. Nous avons cherché du côté des mots bretons, puisque le village de Lenta-Oh (Kerr Haven) en avait déjà la consonance. Nous avons ainsi trouvé « Egor » qui signifie « espace » et y avons ajouté le préfixe « ex » pour donner au nom la signification approximative de « À l’extérieur de l’espace ». Parfait pour un monde parallèle au nôtre!

Biscouti : Dans le troisième tome, Victor apprivoise une particelle (petite boule de poil brun-roux) et lui donne le nom de Biscouti. Ce nom est en fait le surnom affectueux de la plus jeune de mes enfants, tiré d’une comptine lue dans un album de Gotlib :

« Leblésmouti
Labiscouti
Ouileblésmou
Labiscou »

 labiscouti

Note : dans le Gotlib en question, on réalise en fait que la comptine devrait se lire : « Le blé se moud-il, L’habit se coud-il, oui le blé se moud, l’habit se coud ». 

Le nouveau contact avec le lecteur

Image par Stellaris sur openclipart.orgDepuis quelques semaines, je reçois des messages de lecteurs, bibliothécaires et parents sur Facebook, et je trouve ça formidable!  « Quand sort le prochain livre? » « Vos livres sont très appréciés » et autres commentaires me remplissent de bonheur. Ils agissent comme autant d’indications que mon livre vit  à l’extérieur de ma tête et de mon ordi!

Étrangement, avec l’arrivée du numérique, certaines personnes se demandent ce qui adviendra de la dédicace. Plus je reçois de commentaires électroniques, moins je m’inquiète pour le sort de la dédicace! Elle sert à faciliter le contact entre auteur et lecteur, et, dans le fond, les médias sociaux font exactement la même chose! Les Salons du livre me serviront peut-être un jour à rencontrer en face à face mes amis-lecteurs rencontrés sur Facebook, comme ils me permettent de le faire avec mes amis-auteurs rencontrés virtuellement durant le reste de l’année. La vente de livre se fera alors tablette en main, en la passant dans le faisceau-caisse de ma maison d’édition, et je signerai des cartes postales de page couverture, que les lecteurs collectionneront et s’échangeront dans la cour d’école! « Attrapez-les tous » version littéraire! Ne serait-ce pas merveilleux?

En attendant, je vais de ce pas voir si mes auteurs préférés n’auraient pas une page Facebook à laquelle m’abonner. Qui sait, j’oserai peut-être même leur laisser un message!