Archives mensuelles : novembre 2012

La place de la littérature québécoise : la moitié pleine du verre

L’étagère « albums du Québec et du Canada» de Renaud-Bray est une honte, et le peu de place fait à la littérature jeunesse québécoise dans les médias en est une deuxième. Tout le monde dans l’industrie du livre s’entend sur ces points.

Et pourtant…

Pourtant, des 10 premières positions du palmarès Renaud-Bray, plus de la moitié du top 10 est québécoise. En jeunesse, même constat, et mieux encore, les livres d’ici occupent 4 des 5 premières positions.

Pourtant, Au Salon du livre de Montréal (où 7 invités d’honneur sur 10 sont Québécois), les files d’attente pour Christine Brouillette, Mélanie Watt, Annie Groovie et India Desjardins sont bien aussi longues que celles de leurs équivalents étrangers.

Pourtant, Guy Gavriel Kay, un géant (je ne mâche pas mes mots!) de la littérature fantastique anglophone tweetait la fin de semaine du Salon : «  J’aime comment le Salon du livre de Montréal change ma perspective du monde du livre. Ici, la vedette de A lire, c’est Patrick Sénécal ». G.G. Kay qui attire des foules aux États-Unis, en Angleterre et au Canada anglais, était lui-même seul devant une table vide. (j’en ai profité pour aller me chercher une dédicace, j’étais toute excitée!!!)

Quelque part, il doit bien y avoir quelque chose qu’on fait comme il faut!

Revenons au cas des librairies. Sur les cubes, mes Victor Cordi côtoient les livres de Rick Riordan et de Timothée de Fombelle tout autant que les Corinne de Vailly et Alain M. Bergeron.

J’aime cet état des choses. J’aime que, dans la tête des lecteurs qui passent, il n’y a pas de distinction entre les gros auteurs internationaux et notre production locale. On ne vend pas des carottes : « local » n’équivaut pas nécessairement à « meilleur » dans les yeux des consommateurs. Je préfère côtoyer ce qui se fait de mieux que d’être relayée dans une étagère spécialisé sans certitude que cette dernière serait visitée de mon public à moi.

D’un autre côté, il y a clairement un manque d’éducation, et l’identifiation de produits comme étant « Québécois », est de plus en plus nécessaire.

« Est-ce que c’est vous qui écrivez les Génonimo Stilton? » me demande-t-on régulièrement dans les écoles. « Non, ce sont des Italiens qui les écrivent ». Consternation générale. « Est-ce que Stephanie Meyer signe au Salon? » m’a demandé un duo d’ados au dernier Salon. « Je ne crois pas, elle est américaine »… et la fille si convaincue en ajoute : « mais elle écrit aussi des livres en français, non? ». Une traduction, elle n’avait jamais entendu parler de ça.

Il est donc important de mieux identifier la provenance des livres, mais à la ségrégation par étagère, je préfère personnellement une idée discutée avec Laila Héloua, présidente de l’AEQJ au début de l’automne, soit d’avoir un sceau culturel « produit du Québec » que l’on pourrait apposer aux livres, un peu comme celui de l’industrie alimentaire.

 

À nous ensuite de s’assurer que le seau devienne synonyme de grande qualité.

AJOUT : Hier, après la publication de ce billet, je suis tombée sur une conversation entre auteurs qui parlaient justement du fait que la littérature québécoise n’est pas nécessairement, je cite : « Glamour ». On la défendait par les mêmes files de signature au Salon que moi, et proposait une campagne de publicité pour changer cet état des choses, campagne qui irait très bien avec l’apparition de l’étiquette « fabriqué au Québec » dont je parle ici. Comme quoi l’idée est dans l’air en général.

Que serait Victor sans Mathieu?

Durant les derniers jours au Salon du Livre de Montréal, j’ai réalisé quelque chose : lorsque je parle de Victor Cordi, les enfants s’allument, mais c’est lorsque je leur montre les images intérieures au fil de mon discours qu’ils accrochent le plus!

Voici donc quelques illustrations que Mathieu Benoit a faites pour les deux premiers livres, accompagnées de mes descriptions de races, créatures et personnages. Vous pouvez également aller voir ce qu’il a fait pour d’autres livres en visitant son site web!

Il y a les Kampitois, qui ont la peau tachetée de diverses teintes de brun, et sont couverts de piquants de la tête aux fesses. Ils peuvent changer la texture; assez souple pour les tresser dans la vie de tous les jours, et très rigide pour se défendre au combat. Ils peuvent également en changer la couleur, que ce soit pour intimider l’ennemi avec une couleur voyante, ou se camoufler dans les champs.

 

Il y a aussi les Multaks, des guerriers très agiles. Leur visage est posé au centre de leur corps, et ils ont 5 bras (ou jambes, c’est selon). Lorsqu’ils se battent, ils roulent sur leurs cinq membres de manière latérale, ce qui leur permet de bouger très rapidement, tout en restant face à leur adversaire.

Et lui, c’est le Grand Machiavélicon. Il est d’une race d’hommes-arbres, nommés les Persistants, mais il s’est déraciné et s’est transformé grâce à ses capacités en magie pour ressembler le plus possible à un humain. Autour de lui, on voit des Particelles, des petites boules de poils absolument charmantes prises individuellement, mais qui peuvent communiquer en réseau et ainsi s’agglutiner en diverses formes comme en escalier, en cage ou en monstre.

Salon du Livre de Montréal et retour des animations

Grosse semaine dans le milieu littéraire : c’est le Salon du livre de Montréal! Le plus gros de la province, celui pour lequel tout le monde est là! Je ne fais pas exceptions, voici donc mon horaire, selon les kiosques :

Jeudi 15 novembre : 9h à 12 hres Phoenix (270)
Jeudi 15 novembre : 13h30 à 15 hres Courte Échelle (460)

Vendredi 16 novembre : 9 hres à 12h Phoenix (270)
Vendredi 16 novembre : 14 hres à 15h30 Courte Échelle (460)

Dimanche 18 novembre : 11h30 à 13 hres (460)

À ça s’ajoute une présentation de Victor en salle fermée pour les professeurs, libraires et bibliothécaires vendredi en fin d’après-midi, une promenade au salon en touriste avec ma marmaille dimanche, et une soirée tout ce qu’il y a de plus mondaine entre auteurs; la véritable raison d’être de l’excitation de tous! Les auteurs sont des travailleurs solitaires, et si Facebook est notre « watercooler », le Salon du livre de Montréal est un peu comme notre party de bureau!

Pour ajouter à la frénésie de la semaine, je recommence également les animations scolaires en me rendant dans une école de Longueuil. C’est ma première depuis le mois de juin, j’espère que je ne serai pas trop rouillée! J’en ai profité pour mettre mon document d’animation scolaire à jour, pour ceux qui sont intéressés, il reste de la place dans mon horaire!

Au plaisir de vous voir!

J’aurais aimé aimer « Je lève mon verre »

Dans les derniers trois mois, j’ai fait très peu de création, et beaucoup de révision. Dans ces cas, le cerveau se branche sur la recherche de faiblesse, et tout le quotidien y passe. En chemin vers le Salon du livre de l’Estrie, je suis tombée sur une émission entièrement francophone à CKOI. Comme je n’écoute que de la chanson française, j’ai décidé d’y rester, et mon cerveau en mode « révision littéraire » n’a pas manqué de travail, bien au contraire!

En exemple, j’attire votre attention sur la chanson « Je lève mon verre » de William Deslauriers. Celle-là parce que, contrairement à bien d’autres, elle possède un embryon de grande chanson. Elle aurait pu devenir la nouvelle « gigue à Mitchounano»… avec un peu (beaucoup) de travail!

Notez bien en passant que lorsque je parle de beauté de la langue, je ne parle pas de nécessairement d’utilisation de langage soutenu versus une langue plus populaire. Renaud, Plume Latraverse et Richard Desjardins ont bien prouvé que la poésie pouvait se faire à partir de n’importe quel niveau de langage. Mais même en joual, il y a des formulations plus pauvres (plus laitte!) que d’autre.

Quelques exemples de ce que j’aurais retravaillé :

Je me questionne vraiment à savoir où est-ce qu’on s’en va
Sans être spécialiste je suis capable de dire que j’aime pas ça

La forme « je suis capable de dire que » est lourde est inutile. Si tu n’aimes pas ça, dis-le, c’est tout. Si ça ne rentre plus dans ta rime, dit autre chose de pertinent!

Je lève mon verre
À une terre qui devrait être sans frontière

Pas une fan du « devrait être »! C’est presque didactique. À une terre qui s’rait si belle sans frontière? À une terre que je rêve sans frontière? Autre? Je suis certaine qu’on peut trouver mieux.

Partout sur terre
les hommes font encore plus de misère

Je ne pense pas qu’on puisse « faire » de la misère. Et même si on pouvait, ça reste un verbe faible. Les hommes génèrent de la misère? Bâtissent de la misère? Se vautrent dans la misère? Pleins de choix!

J’admire beaucoup que le jeune Williams écrive ses textes tout seul, mais sa jeunesse et son inexpérience se sentent. Il aurait fallu que quelqu’un le retourne à son ordinateur et lui demande de retravailler le tout. En cette ère d’autopublication, on se demande parfois de quoi aurait l’air le milieu littéraire sans la présence des éditeurs et de leurs directrices littéraires…  et bien il aurait probablement l’air d’une chanson de William Deslauriers!