Archives mensuelles : octobre 2012

La direction littéraire en 12 émotions

Je viens de terminer la première phase de direction littéraire pour Victor Cordi, et en voici la démarche, décortiquée en 12 émotions.

1-      L’impatience

Non que je sois particulièrement pressée, de faire des corrections, mais à ce stade-là, une seule personne autre que moi a lu ce roman, et j’ai super hâte de savoir ce qu’une troisième personne en pensera.

Elle tarde…

2-      L’angoisse

… et je me mets à m’inquiéter que la directrice a détesté et ne sais pas comment me le dire.

Les corrections arrivent.

3-      La joie

Elles sont accompagnées d’un courriel très positif. Fiou, mon premier jet n’est pas une catastrophe!

J’ouvre le document

4-      La déprime

Il y a du rouge partout! Des millions de commentaires s’alignent sur la marge de droite.  Soupir.

Je commence à lire le tout.

5-      Le soulagement

Je réalise que 80% du rouge en question sont en fait des demandes de modifications mineures : retrait d’adverbe, ajout de synonymes, précision inutile, etc.

Je lis toutes les demandes d’une traite, puis commence le travail de modification.

Les émotions se succèdent.

6-      La honte

Quoi? J’ai laissé passé une erreur aussi grossière, moi?

7-      La frustration

Zut, je pensais avoir réussi à camoufler cette faiblesse de l’intrigue! Back to the drawing board!

8-      L’embarras

Oups, mon premier lecteur m’avait demandé cette même modification, et je l’avais volontairement ignoré…

J’arrive à la dernière page.

9-      La satisfaction

Voilà! Travail accompli!

Je considère la prochaine étape.

10-  La paresse

Je ne suis pas vraiment obligée de le relire… dans le fond… c’était juste des petites modifications…

11-  Le bottage de fesse

ABSOLUMENT il faut le relire! Allez, au travail! Les modifications mineures introduisent parfois de nouvelles erreurs auxquelles on n’avait pas pensé! (Notez qu’ici, une bonne directrice littéraire mentionnerait que le bottage de fesse n’est pas une émotion).

Après relecture.

12 – Le bonheur

Mais c’est qu’il est très bon ce roman! Meilleur encore qu’il ne l’était au premier jet! Yé!!!!!!!

Et c’est terminé… jusqu’à la prochaine fois!

 

Élucubrations économiques d’une auteure qui n’y connait rien (AJOUT)

Tout a commencé par une discussion. Mon chum est un MBA, et je voulais connaître sa position sur l’imposition du prix unique pour les livres. Il m’a parlé de liberté de marché, moi de l’importance, surtout pour les auteurs jeunesses québécois, de garder les librairies indépendantes en vie. Il a conclu sur cette triste vérité, qu’avec une politique de prix fixe, c’est habituellement le consommateur qui, je cite : « l’a dans le cul ».

Forte de ces nouvelles informations, j’ai cogité longuement.

Quelques faits à partir desquels j’ai basé ma réflexion :

  • – Les librairies sont incapables d’offrir des prix aussi bas que Costco
  • – La plupart des gens de l’industrie s’entendent pour dire qu’il y a surproduction de livres au Québec (du moins, dans le jeunesse).
  • – Les éditeurs d’ici reçoivent de fortes subventions pour produire leurs livres.

Voici ci donc mon hypothèse économique de coin de table pour ramener un peu d’équilibre dans ce foutoir : pourrait-on déplacer les subventions des éditeurs vers le point de vente?  Pas toutes, évidemment! Certaines formes de littératures, la poésie par exemple, ne pourraient survivre sans subvention.

Je sais, on assisterait à une hécatombe du côté des éditeurs, mais il n’est pas logique de subventionner une industrie en surproduction. Imaginons, plutôt, que le gouvernement paie un pourcentage X sur chaque livre québécois acheté en librairies. Un livre de 20$ pourrait donc n’en couter que 15$ au consommateur. Le gouvernement pourrait même en profiter pour n’attribuer les subventions au point de vente qu’aux librairies qui respecteraient quelques règles de visibilités pour les livres d’ici, un peu comme le CRTC force la radio et la télévision à faire de la place aux produits québécois.

Avec moins de titres disponibles et une croissance des ventes sur les titres restants, les maisons survivantes compenseraient une partie des subventions perdues en augmentant leurs ventes.

Bref, le consommateur paie moins cher, le libraire peut compétitionner avec les grandes surfaces, et les éditeurs augmentent leurs ventes. La chèvre et le choux!

Notez que tout ceci ne tient pas en compte du tout la progression du numérique, uniquement l’écosystème papier existant. Notez aussi que, comme pour tout écosystème, il faut un certain temps pour trouver les doses parfaites pour trouver un équilibre qui convient à tous les partis.

C’est utopiste? Complètement à côté de la trac? Peut-être, mais je vous jure que ce matin, dans ma douche, ça semblait faire plein de sens!

AJOUT :

Bon, comme je l’avais prédit (voir titre): je n’y connaissais rien! J’ai donc appris, grâce aux commentaires et aux lectures qui ont suivi, que les librairies ont DÉJÀ des subventions tant directes (aide financière gouvernementale) qu’indirectes (obligation des écoles à acheter certains ouvrages chez eux). Et malgré ces subventions, les librairies ferment les unes après les autres! Je n’ai qu’une chose à dire : ouch.

Anecdotes en vrac du Salon du livre de l’Estrie

De retour de mon premier salon depuis près d’un an et demi! J’avais oublié comment c’était difficile de recommencer les Salons avec une nouvelle série. Tout est à refaire, et personne ne vient s’exclamer qu’il a lu et adoré le premier tome! Fiouf, ça viendra. En attendant, voici quelques faits vécus, tendances et anecdotes de ce salon.

  • Entendu une dame s’exclamer, en prenant un livre sur une table : « Je suis certaine que ce n’est pas mon genre, mais c’est une bonne chum du secondaire qui l’a écrit, alors j’en achète une copie ».
  • Oublié à quel point les meilleures amies des auteurs jeunesse dans les salons sont les grands-mères!
  • Admiré l’énergie infatiguable de la marionnettiste de Cosmos le dodo  qui animait tous les passants, de sa table de signature.
  • – Sympatisé mentalement avec la voisine de table de cette même marionnettiste de Cosmos le dodo.
  • Adoré chacune des visites venues spécifiquement pour me voir, soit triumvira de cousines, mon frère et sa troupe, et même un ami du secondaire que je n’avais pas vu depuis un nombre d’années trop substantielles pour oser les compter.
  • Trouvé que la série Géronimo Stilton avait officiellement « Jump the shark » avec sa ligne Classiques Jeunesse. As-ton vraiment besoins d’une version souris de Peter Pan et d’Alice au pays des merveille?
  • Rencontré pleins d’auteurs que je ne connaissais que sur Facebook, et d’autres que je n’avais pas vu « en vrai » depuis longtemps! C’est grâce à vous tous que j’ai hâte au prochain salon!!!
  • Rougi de fierté de m’être fait dire : « Tu as l’air bien trop jeune pour avoir écrit un livre ». Merci monsieur!!!
  • Reçu mon horaire de signature pour le Salon du livres de Montréal! Cette semaine, je suis contente d’être tranquille chez nous, mais dès lundi prochain, c’est certain, j’aurai déjà hâte!

Jamais facile, le plan!

(Petite parenthèse avant de commencer pour dire que je serai au Salon du Livre de l’Estrie. Vendredi toute la journée, et samedi matin. Heures de dédicaces.)

 

Je ne suis pas trop du genre « angoisse de la page blanche », comme je l’ai déjà dévoilée dans une entrevue du défunt blogue Préfaces de Marie-Julie Gagnon. Et pourtant, j’ai moi aussi mes blocages qui me causent à regarder la page durant plusieurs minutes, puis qui me font céder aux démons de la procrastination (Facebook, Feed RSS, et même, en désespoir de cause, ménage et vaisselle). Cette bête immonde : le plan, découpage chapitre par chapitre de tout ce qui se passera dans le roman à venir.

Le plan en question remplit à peine une page, et pourtant, je ne m’en sors jamais en dessous d’une bonne semaine de travail, voire deux. Moi qui aime tapoter les touches de mon clavier comme d’autres celles d’un piano, cette lenteur me pèse. Si bien que, parfois, je tente de m’esquiver. Je commence l’écriture sans plan, ou alors qu’il n’est qu’embryonnaire, et à chaque fois, c’est le fiasco! Je dois réécrire, reculer, changer d’idées et finalement plier et terminer ce foutu plan avant de continuer.

C’est donc tout ce que j’ai fait la semaine dernière : une maigre petite page de noircie, mais qui me permet de savoir exactement ce qui se passera dans le 4e livre de Victor Cordi. Je laisse percoler un peu, puis je fonce! À nous touches noires; que vos cliquetis retentissent!

La sacro-sainte page couverture

Je viens de terminer « Dead Untill Dark », premier livre de la série « Sookie Stackhouse » de Charlaine Harris, surtout réputée pour avoir inventé le triangle amoureux avec un vampire avant l’arrivée de Twilight, et porté à l’écran sous le nom de « True Blood » depuis quelques années. Je ne veux pas ici ni critiquer ni louanger le texte lui-même. Je ne veux que vous parler de la page couverture. La voici :

Le problème? Il n’y a aucune femme vampire dans les personnages principaux… ni même secondaires. Il y en a bien une tertiaire, mais, à ma connaissance, elle ne mord personne. J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait en fait du poster de la série télé, et j’en comprends le principe marketing. Tout de même, je ne peux m’empêcher de me demander ce que l’auteure en a pensé lorsqu’elle a reçu les maquettes.

Il faut dire que recevoir la page couverture est tout un stress. C’est un morceau primordial dans l’identité du livre, un morceau que l’auteur contrôle habituellement très peu. Il y a donc quelques histoires d’horreur, d’auteurs qui ont détesté la leur. Sans que ça ne soit mon cas, je peux tout de même pointer un « qu’est-ce qui cloche » sur chacune des couvertures de mes six romans parus! Souvent du menu détail, heureusement.

Je termine sur deux « séparés à la naissance »! Le premier est en fait voulu! J’ai eu la chance de pouvoir suggérer plein de choses pour la couverture de mon premier roman! J’avais proposer de s’inspirer de la couverture d’une vieille bande dessinée… voici l’originale et celle créée par Sarah Chamaillard :

En fait, plus je les regarde, plus je trouve que celle de Sarah est la meilleure!

Pour Victor Cordi, au contraire, je n’ai eu aucun contrôle, et c’est tant mieux! Ils ont choisi un illustrateur bien aussi bon que tout ce que j’aurais pu suggérer, et fait une mise en page qui me ravit entièrement! C’est donc avec un sourire tout à fait complice que je me permets cette petite juxtaposition avec une bande dessinée vue récemment!

Hihihi! On dirait des cousins!