Archives mensuelles : août 2012

De la création d’un nouveau patois

Dans un billet de début 2011, j’ai parlé de ma fascination pour les mots inventés. Je concluais le tout par « Je ne m’y suis pas encore risquée, mais ça arrivera, c’est certain! » Et bien voilà, je me suis lancée. Durant la révision de mon Tome 3 de Victor Cordi, je trouvais que les dialogues d’un des personnages ne marchaient pas. Je le voulais plus familier que les autres. Mais à la relecture, j’ai dû me rendre à l’évidence : « mon pote » comme expression dans un univers fantastique, ça détonne.

La solution : lui inventer un argot fait sur mesure!

Et pour ne pas que ça vire au désastre, j’ai essayé de suivre les trois principes ci-dessous.

1- Ne pas transformer tous les mots

Je ne désirais pas inventer un langage nécessitant traduction et sous-titres! Je désirais un langage coloré, mais compréhensible. Il m’a donc fallu une bonne balance entre mots ordinaires et mots inventés. J’ai même gardé certaines phrases clés complètement exemptes d’argot pour m’assurer que le message convoyé passerait bien.

2- Garder un morceau de consonance d’origine.

Pour remplacer un mot normal par un mot inventé, il ne suffit pas de piger des lettres dans un sac de Scrabble et de placer le tout de manière aléatoire. La consonance du mot doit garder un petit peu de sa saveur d’origine. Par contre, pour ne pas que la similitude soit trop facile, on peut partir d’un synonyme moins connu, voire même d’un mot d’argot existant!

3- Toujours utiliser le même mot pour la même signification

C’est là que j’ai eu le plus de difficulté! Si on décide de remplacer le mot « manger » par un autre, il faut le faire à chaque fois que le mot apparaît dans un dialogue! N’ayant ni le don des langues, ni une mémoire particulièrement efficace, j’ai dû à maintes reprises reculer dans mon texte pour voir quels mots j’avais employés! Si jamais ce personnage revient dans un autre livre, je serai obligée de me bâtir un glossaire personnel si je ne veux pas me mélanger les pinceaux!

 

Je vous en aurais bien mis un exemple, mais j’attends que ma directrice littéraire ait jeté un coup d’œil sur le tout avant… au cas où elle me sommerait de jeter le tout à la poubelle! Bien hâte de voir ce qu’elle en pensera!

Une dernière note, que ceux qui me suivent sur Facebook ou Twitter auront déjà vu passer cette semaine… c’est que, à ma grande surprise, Antidote gère très bien ce nouveau langage! Il m’a repéré une faute d’accord dans un verbe inventé! « Faute d’accord, mot inconnu »! Bravo Antidote, ça compense pour la fois où tu as voulu me changer « Tip, tip, tip, la souris descend l’escalier » par « Pourboire, la souris descend l’escalier ».

Mini-fiction, maxi plaisir!

Cette semaine, j’ai partagé sur Facebook un article du monde qui parlait de micro-fiction. Le défi, écrire un roman en le moins de mots possibles. L’exemple le plus marquant de l’article venait d’Hemmingway avec six mots :

« For sale: baby shoes, never worn »

Cette simple phrase raconte toute une histoire. La joie des nouveaux parents, tous les rêves qu’ils se sont bâtis durant le début de la grossesse. Tout l’équipement qu’ils ont acheté pour être prêts. Puis la fausse couche, le désespoir, le deuil. Tout cela, en six petits mots,

Cette découverte m’a permis de comprendre pourquoi j’obsédais sur une phrase d’une chanson de Mika, soit :

« While it was all going accordingly to plan
Then Billy Brown fell in love with another man.”

(Alors que tout se passait selon le plan en norme,
Billy Brown tomba amoureux d’un autre homme)

Cette phrase m’obsède parce qu’elle raconte une histoire complète. C’est une micro-fiction, cachée à l’intérieur d’une chanson pop. Elle raconte le succès de Billy Brown à conformer sa vie à l’image idéalisée qu’il s’en était fait, puis cet amour « hors norme » qui le frappe comme une tornade. On imagine aussitôt son conflit intérieur : la résistance de la tête devant ce caprice du cœur, la peur de tout perdre, puis le dilemme, que choisira-t-il?  Tout ça, dans deux petits vers.

Je relève le défi, pour voir si mes romans n’auraient pas 16 590 mots de trop.

 Les naufragés de Chélon :

 Devant le réveil du volcan, presque tous les enfants bâtirent un bateau.

 

Pirates à bâbord :

Les pirates étaient plus forts… et moins intelligents que les enfants.

 

Le vol des scarpassons

Les indigènes étaient cordiaux jusqu’à ce que la plus jeune écrase un insecte sacré.

 

Je n’ai rien réussi à faire avec le fantôme du caporal poltron, à croire que ce ne sont pas tous les romans qui peuvent résumés en une seule phrase.

Bouge de là!

Il y a deux-trois ans, alors que je jonglais vie familiale, pige et tentative de bâtir une carrière en écriture, j’ai réalisé qu’il me fallait couper quelque part si ne je voulais pas que les activités ci-mentionnées en souffre. Je n’y arrivais plus, j’étais lasse de me sentir tout le temps coupable de ne pas tout faire. J’ai décidé en toute conscience d’arrêter l’exercice.  Au diable la bonne forme! Je me libérais de cette obligation un temps, sachant que ce ne serait que provisoire. Une sorte de sabbatique, si vous voulez.

Mais voilà qu’en septembre, la vie familiale devrait de « caser », la pige ne se fera plus obligatoire, bref, un peu de temps s’offre à moi. Il est temps de rechausser mes capezios, de sortir le tapis de yoga, et d’accrocher mon lecteur MP3 à ma taille pour arpenter les trottoirs de Montréal. Bref, plus d’excuses, la sabbatique est terminée, en septembre, je deviens un auteur en forme! Ce que je perdrai en temps assis devant l’ordinateur sera certainement compensé par une énergie et une créativité accrue.

En septembre. Je bougerai.

 

La vérité sur les contes classiques

La mode, depuis plusieurs années, et à la transformation des contes classiques. De Shrek à « Snow white and the Huntsman », on ne compte plus les ré-inventions de ces histoires centenaires. Mais les originaux, eux, les connaissez-vous vraiment? Dans les dernières semaines, grâce à quelques livres de contes laissés sur un Kindle Usagé, je me suis plongée dans la lecture des frères Grimm et de leurs congénères. Voici quelques surprises!

 

Aladin : Même s’il fait partie des contes des mille et une nuits, le conte de Aladin et de la lampe merveilleuse est situé en Chine! 

Le roi grenouille : conte un peu moins connu, et pour cause! Il va à contre-courant de toutes les morales habituelles! En gros, une jeune princesse échappe sa boule dorée dans la fontaine et promet à une grenouille de la laisser manger et dormir à ses côtés si elle la récupère. La grenouille s’exécute, mais la princesse renie ses paroles. Elle va jusqu’à lancer violemment la grenouille contre un mur… et c’est alors que cette dernière se transforme en prince et l’épouse. Quoi? Elle se parjure, « garroche » la grenouille et gagne quand même le prince? Ben oui! Drôle de morale!

Histoire de celui qui s’en alla apprendre la peur : J’ai mis celui-ci, mais j’aurais aussi facilement pu mettre l’oie d’or ou un autre dont le nom m’échappe. La surprise est l’amour des frères Grimm pour les héros bête comme leurs pieds! S’il y a trois frères, vous pouvez être certains que les deux premiers sont méchants, alors que le troisième est un imbécile… et c’est toujours ce dernier qui finira avec la princesse et le royaume! Comme quoi Forest Gump n’a rien inventé!

Un œil, deux yeux, trois yeux : certains contes sont complètement absurdes, ce qui explique qu’ils aient été presque oubliés de nos jours. Ce dernier en est un exemple. Il raconte d’une fille qui fait rire d’elle parce qu’elle a deux yeux, alors que ses sœurs en ont respectivement un seul et trois. Einh? Quoi?

Le petit chaperon rouge : Si le chasseur ex machina est présent chez Grimm, il n’y était pas chez Perrault! À mort la petite fille! Ça lui apprendra à parler à des inconnus!

Ali Baba et les 40 voleurs : La surprise ici, c’est qu’Ali-baba ne fait pas grand-chose! Il découvre la caverne et vole de l’or grâce au mot de passe, mais c’est en fait une esclave de son frère qui va déjouer tous les tours des voleurs et les éliminer. Une héroïne intelligente et rusée! Ça fait changement!

Cendrillon : Celle-là, je la savais déjà, mais je ne peux m’empêcher de l’inclure, puisque c’est une de mes vérités préférées, et que j’ai pu la vérifier grâce à mes lectures des dernières semaines : dans la version des frères Grimm, les belles-sœurs se coupent des morceaux de pieds pour être capables d’enfiler la pantoufle de vair!  Le prince réalise la supercherie au sang qui déborde! Miam!

 

Alors, sortons nos livres classiques et faisons la lecture à nos enfants! Ils pleureront peut-être la mort de la petite sirène, mais sauront au moins que, en littérature comme dans la vraie vie, il n’y a pas que Disney qui compte!