Archives mensuelles : février 2012

Terra incognita Tome 4: Le vol des scarpassons

Petit billet rapide (je n’ai pas grand temps cette semaine), juste pour vous montrer la couverture de mon prochain roman: Terra Incognita 4 : le vol des scarpassons qui sortira ce printemps! Elle est de Sarah Chamaillard, comme d’habitude!

 

Le 4e de couverture, juste pour vous allécher:

Un geste malheureux condamne la plus jeune des anciens naufragés à être sacrifiée à un insecte monstrueux, réincarnation de la déesse Magrüpique.  Sa seule chance de salut est une statue de jade enfouie au fond du repaire souterrain des scarpassons, sorte de blatte amphibie attirée par tout ce qui brille. Une aventure grouillante et remuante pour les amateurs d’actions.

Chaque aventure de la série Terra Incognita vous transporte sur un océan parsemé d’îles inexplorées où l’aventure survient au détour de chaque vague.

Le plus « masculin » des épisodes des naufragés à date. De l’action incessante, des « bébittes » à souhait, et beaucoup d’intensité.

La disparition de l’enfant obéissant

J’ai lu récemment un excellent classique : Little Princess, de Frances Hodgson Burnett (1905). L’auteur y met en vedette une petite fille comme on n’en trouve plus en littérature jeunesse : gentille, obéissante, généreuse, travailleuse… et complètement victime des adultes.

Les classiques sont remplis de ce type d’enfants: Cosette, Rémy sans famille, Oliver Twist, etc. Ces héros sont affligés par le malheur, maltraités par les adultes, et jamais il ne leur viendrait à l’idée de se rebeller. Ils subissent et subissent pour finalement n’être sauvés de leur misère que par un adulte plus gentil qui veut bien les adopter.

De nos jours, si, dans un roman jeunesse, des adultes décidaient de maltraiter un orphelin, ce dernier leur fausserait rapidement compagnie, ou encore leur ferait à son tour subir mille misères, façon « Home Alone ». L’obéissance n’a plus la cote! Les héros sont, au contraire, plutôt des fortes têtes qui n’ont aucun remords à braver les interdits, et qui n’ont peur d’aucun adulte, d’aucune source d’autorité.

Autant l’histoire de Little Princess est merveilleuse, autant je ne peux m’empêcher de me demander comment elle serait reçue par un enfant d’aujourd’hui. Trouveraient-ils l’héroïne, trop « neuneu » malgré sa résilience exemplaire et sa grande générosité? Mais surtout, en tant qu’auteure, je me demande : « Y a-t-il encore de la place pour l’obéissance en littérature jeunesse? »

Utiliser les principes de jeux vidéo pour amener les enfants à la lecture

Si le présent billet a bien sa place sur un site « romanjeunesse », je ne l’écris pas en tant qu’auteure, mais bien en tant que Game Designer et amateur de littérature jeunesse. L’idée? L’utilisation de principes de conception de jeux vidéo pour encourager les jeunes à lire plus, et à lire de manière diversifiée.

Ce principe, appelé « gamification » (à prononcer en anglais) est de plus en plus populaire. Concrètement, il s’agit d’utiliser des systèmes de gratification semblables à ceux des mondes virtuels pour encourager des comportements dans le « vrai monde ». Les professeurs sont déjà très forts dans ce domaine sans le savoir : donner des billets pour les bons comportements et permettre ensuite d’acheter des récompenses avec ces billets est une forme de « gamification ». Il est d’ailleurs fort possible que le jeu que je propose existe déjà dans certaines bibliothèques publiques ou scolaires. Après tout, je ne prétends pas ici inventer la roue.

 

Résumé du jeu

Le concept est le suivant : donner aux enfants une liste d’exploits de lecture à réaliser pour obtenir des badges. Chaque livre lu peut être utilisé pour conquérir jusqu’à deux badges. Des récompenses sont accordées aux enfants ayant accumulé 5, 10, 15 ou 20 badges.

 

Les exploits et leurs badges

Les exploits doivent encourager l’avancement dans la lecture, mais également la diversité des genres, ce qui permet d’ouvrir les horizons des lecteurs. Le niveau de difficulté doit s’adapter en fonction du genre. Par exemple, pour avoir le badge associé aux bandes dessinées, il faut en lire plus d’exemplaires que pour celle associée aux grands classiques. Les exploits doivent également être adaptés au niveau scolaire du joueur. Par exemple, « lire un livre sans images » pourrait être un bon défi pour les 4-5e années, mais devrait être remplacé par « lire un roman » pour les 2-3e.

Le tout est inscrit sur une feuille, avec des ronds à cocher permettant d’identifier chaque étape de l’exploit :

Les exploits indiqués dans le tableau ci-haut ne sont que des exemples. En voici quelques autres :

– Grand voyageur : lire X livres dont l’action se passent sur un autre continent

– Documentariste : lire X livres informatif plutôt que narratif

– Pas bête! : lire X livres dont le héros est un animal

– Rose ou Bleu : lire un livre dont le héros est une fille, et un second dont le héro est un garçon

 

Évidemment, certains livres s’appliquent à énormément de catégories. Les lecteurs choisissent eux-même jusqu’à deux badges auxquels leur livre s’applique. Par exemple, l’île mystérieuse serait à la fois un classique et une histoire de pirates. Lorsque tous les ronds d’un exploit sont cochés, le joueur se mérite le badge de cet exploit.

Le responsable du jeu (professeur ou bibliothécaire) sert d’arbitre pour trancher sur l’éligibilité d’un titre.

 

Le tableau des badges :

Les badges en question peuvent être des collants ou des fabrications de cartons, peu importe, mais doivent exister de physiquement et pouvoir s’étaler à la vue de tous. Plus les réussites sont publiques, plus les « joueurs » participeront activement. À l’école, le devant du bureau ou encore la case de l’enfant font de bonnes places d’affichage.  Le tableau doit comprendre une place déjà allouée pour chacune des badges, et celui-ci se remplit au fur et à mesure des réussites d’exploits.

 

La récompense :

Évidemment, la collection de badge et la fierté de voir son tableau se remplir est une récompense en soit. Mais pour encourager les plus récalcitrants, il peut être intéressant de lier certains nombre de badges à des récompenses concrètes, allant du tirage de cadeaux aux privilèges particuliers. Ce qui est important, c’est d’associer ces cadeaux à un nombre de badges, et non à des badges particuliers. Les lecteurs doivent pouvoir choisir eux-mêmes les badges qu’ils désirent réaliser en premier.

Se transposer d’une génération

Avec mes romans courte-échelle, c’est la première fois que je décris les aventures d’un héros contemporain, et je réalise que dois souvent me rappeler à l’ordre pour remettre les générations à leurs places :

– Il n’est pas moi!

– Ce sont ses parents qui sont de ma génération

– Ses grands-parents sont de la génération de mes propres parents.

 

Par exemple, dans un des chapitres, je décris l’album photo de sa grand-mère, qui aurait dans la soixantaine. Mon réflexe a été de parler de photos en noir et blanc, mais à bien y penser, les photos de mariage de mes parents sont en couleurs! C’est l’album de son arrière-grand-mère qui serait en noir et blanc!

Un deuxième exemple, j’avais donné à la grand-mère en question le même sobriquet que ma propre grand-mère, soit « grand-maman Tine ». Mais à bien y penser, les boomers préfèrent nettement l’appellation « mamie », encore une fois, j’ai du adapter pour que la réalité du héros s’approche de celle des enfants qui ont douze ans aujourd’hui, plutôt que celle de Annie Bacon lorsqu’elle avait douze ans.

La prochaine fois, je plante mon décor dans les années 80 (euh… non!) !

La science, l’imagination, et moi

Le saviez-vous : avant de faire communications à l’université, j’ai fait Biologie. Durant une seule session, mais tout de même, ma présence en cette branche reste tout de même un signe de mon intérêt pour les sciences. Mais sciences et imagination vont-elles de pairs? Absolument, mais d’une drôle de façon. Elles se nourrissent, et se limitent, tour à tour.

 

La science comme limite :

Il y a certains délires desquels je décroche à cause de la science. Je suis absolument prête à accepter toutes sortes de magies, allant de l’apparition à la transformation de matière, mais de drôles de détails peuvent tout anéantir. Par exemple, dans le quatrième tome des aventures en pays d’Oz de Frank L Baum, Dorothé et ses amis arrivent dans un pays au centre de la Terre où il est possible de marcher sur l’air, et même d’y monter et descendre comme sur un escalier. Ma pensée : « mais si l’air est assez dense pour y prendre appui, comment est-ce possible de ne pas s’y sentir empêtré lors de déplacements horizontaux? » Et voilà, d’un seul coup, je ne crois plus en l’univers d’Oz, alors que les animaux qui parlent et les épouvantails vivants ne me posaient aucun problème.

 

La science comme alliée :

Ce même esprit scientifique est toujours présent lorsque je crée des créatures étranges. J’en ai déjà parlé lors de la création des scarpassons, mais depuis, je me suis trouvé une allier en la personne d’une cousine s’étant rendue bien plus loin que moi en biologie. Voici un exemple de nos échanges, paraphrasé pour la cause.

 

Moi : Pour mon roman, j’ai besoins qu’un homme-plante puisse vivre enraciné tout en haut d’une falaise de glace dans un pays nordique! Je fais ça comment? Des sources d’eaux thermiques? Des « plantes à sang chaud »? D’autres idées?

Cousine : Il y a moyen de faire un trio symbiotique homme-lichen crédible dans des conditions polaires : l’homme fourni la chaleur métabolique pour augmenter la température de l’organisme permettant aux algues de  faire de la photosynthèse et aux champignons, de l’absorption

Moi : Ce n’est pas une symbiose, c’est vraiment une plante avec un cerveau et un appareil moteur (genre des bulbes qui s’emplissent et se vident d’air pour faire bouger les branches).

Cousine : Les bulbes, tu devrais les faire remplir de sève, c’est un phénomène qui existe, on appelle ça un squelette hydrostatique.

Lorsque vous croiserez les mots « Squelette hydrostatiques » dans un de mes romans, vous saurez d’où ça vient! Un exemple parfait de la science au service de l’imagination!