Archives mensuelles : octobre 2011

Quand le passé vous rattrape

J’ai toujours été fascinée par le principe de « Grisù le petit dragon », soit celui d’être déjà convaincu, dur comme fer, de notre futur métier à un très bas âge (dans le cas de Grisù, pompier). Plusieurs auteurs ont ce métier dans la peau depuis leur tendre enfance, alors qu’il m’a fallu la trentaine pour que je le considère. Et pourtant…

 

Pourtant, des copines du secondaire m’ont il y a quelques années, ressorties des textes intitulés « les belles histoires plus ou moins vraies de matante Annie » que je leur écrivais pour rigoler lorsque nous avions 14-15 ans.

Pourtant, je me souviens de certains de mes devoirs de vocabulaire épinglés au tableau de ma classe de troisième année parce que, plutôt que d’écrire de simples phrases tel que demandé, je transformais l’exercice en livres complets, page couverture comprise.

Pourtant, un professeur, j’ai malheureusement oublié lequel, m’a déjà prise à part pour me dire que l’écriture était une avenue que je devrais considérer. Je ne l’avais pas écouté à l’époque. Maintenant, j’y repense souvent.

 

Pourquoi n’ai-je vu ces signes qu’une fois la décision d’écrire prise, plutôt que de les prendre en compte dans mes choix de carrière, dix ans plus tôt? Petit Grisù aveugle, il faut croire!

Tobie Lolness : ou la différence entre l’art et le divertissement dans la littérature jeunesse

J’avais lu le premier, La vie Suspendue, il y a près d’un an, j’avais adoré. Je viens tout juste de terminer le deuxième, Les yeux d’Elisha. Je suis époustouflée. La série Tobie Lolness est officiellement ce que j’ai lu de mieux en littérature jeunesse, de par ses personnages, de par son intrigue, mais surtout, de par son écriture.

Je m’explique.

La plupart des livres jeunesse, aussi bons soient-ils, sont écrits avec une plume efficace, voire invisible. Si on me demandait, par exemple, si J.K. Rowling écrit bien, je réfléchirais quelques minutes, pour penser : « elle écrit sans doute bien, puisque sa plume ne m’a jamais dérangée lors de la lecture de la série ». Comme de fait, lorsqu’on lit les Harry Potter, l’écriture n’est jamais un obstacle. Ça coule, on se plonge dans l’action, on oublie qu’une personne nous raconte toutes ces péripéties. Bref : une écriture efficace et invisible.

J’ai déjà écrit, sur ce blogue, une ode à l’écriture hyper-présente, mais il s’agit d’autre chose dans le cas de Tobie Lolness. Timothée de Fombelle, l’auteur, écrit merveilleusement bien, d’une écriture qui nous fait arrêter pour dire simplement « wow », comme si nous figurions dans une mauvaise annonce d’hôtel.

Des exemples? Ça va de la simple phrase humoristique intelligente :

Première phrase du deuxième livre :

«  Si la bêtise avait un poids, le major aurait déjà fait craquer la branche ».

 

À la poésie pure et simple :

  Alors qu’une captive accepte un mariage forcé :

« Il n’y avait pas la place pour la moindre poussière d’amour entre les trois lettres de son oui. »

 

On passe donc au-delà de l’efficacité pour entrer dans la beauté de la langue, pour créer des images, des atmosphères, des impressions. Cette utilisation du médium pour aller au-delà de l’histoire narrative pour s’adresser plutôt aux sphères plus aériennes de la pensée n’est-elle pas à la base même de l’ART?

Tout ça pour dire que Tobie Lolness est maintenant ma cible à atteindre au niveau de la qualité, le spécimen à partir duquel chacune de mes œuvres futures sera jugée. La barre est haute!

De plates excuses!

 

Juste comme je reprenais un bon rythme de croisière post-été, voilà que les nouvelles publications sur ce blogue s’espacent! C’est la vie personnelle qui a pris le dessus, situation qui risque de continuer pour un bon mois, peut-être même deux! J’en appelle donc à votre compréhension!

 

Pour ceux qui sont tannés de se cogner le nez à un billet qu’ils ont déjà lu, je conseille fortement de s’abonner à ma page Facebook, ou encore mon compte Twitter, histoire de ne rien manquer!

Cadeau de Noël avant l’heure…

 

Je sais, je sais, il est interdit de parler de Noël tant que l’Halloween n’est pas terminé, du moins, c’est la règle dans ma maison! N’empêche, vous me pardonnerez bien en voyant ce que j’ai reçu par la poste:

 

Tadam! Un livre-disque! 22 histoires de Noël écrites par Bibi Lolo! Pourtant,  j’ai tendance à oublier ce livre lorsque je compile mes publications. Pourquoi? C’est qu’il s’agit d’un travail de mercenaire : un thème imposé, une rémunération fixe, et une distribution uniquement dans les grands centres, genre Costco. N’empêche, il y a bien une dizaine de ces histoires dont je suis plus-que-satisfaite, particulièrement celles qui m’ont permis de m’amuser avec la rime! Comble du bonheur, ma cliente m’a donné la permission de vous en donner un aperçu!

Sortez vos tuques de Père-Noël, car voici « Les nouilles de Noël », un conte en rime de Annie Bacon!

 

Les nouilles de Noël

Jacques Dupuis et sa compagne,
Habitait à la campagne
Leur fillette, Mélanie
S’y morfondait d’ennui

Lorsque l’automne arriva,
Le père choisit, pour le repas
Du soir de l’Action de grâce,
Une dinde bien grasse!

« Mais, c’est ma seule amie »
Déclara, en larme, Mélanie
Qui passait tous les jours,
De longues heures dans la basse-cour.

Ému par cette amitié,
Le père changea le souper,
Ils mangèrent, cornegidouille
Un gros plat de nouille !

Ils filèrent des jours tendres,
Puis arriva la fin décembre.
Le vingt-quatre aux matines
Monsieur Dupuis fit la cuisine.

Il se gratta un peu la tête,
Puis déclara : puisque c’est fête,
ce soir, pour le réveillon,
Dinde aux marrons!

En apprenant le menu,
Mélanie tomba des nues,
Elle supplia son papa,
« Tu ne peux pas me faire ça »!

Son père, ému jusqu’aux larmes
Finit par rendre les armes,
Ils mangèrent, cornegidouille
Un gros plat de nouille !

Le lendemain, c’est tradition,
Ils recevaient, à la maison
Tantes, oncles, neveux et nièces,
Ça se pressait dans toutes les pièces.

Madame Dupuis, bien énervée,
S’inquiétait pour son souper!
« Pourvu que tout le monde apprécie,
ma dinde farcie ! »

Mélanie implora sa mère,
Ses deux parents s’exaspérèrent
« Cette dinde a été engraissée,
Pour être mangée! »

Devant une paire d’yeux qui se mouillent,
Que peut faire une mère au grand cœur?
Ils mangèrent cornegidouille,
Des nouilles au beurre!